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vendredi 5 octobre 2018

Les jeunes en échec scolaire - Qui sont-ils ? (3/3)

Comment procède-t-on pour que les jeunes en échec scolaire entrent dans les apprentissages ? 


Extrait du livre : 


Aujourd'hui, nous allons évoqué les constats sur le plan cognitif. Retrouvez les articles concernant la partie sociale (ici) et la partie personnelle (ici).

Une non-maîtrise des savoirs de base

      90% des jeunes en échec scolaire que j’ai rencontré ne maîtrisent pas les quatre opérations. Il est frappant de rencontrer un aussi grand nombre de jeunes qui ne maîtrisent pas l’addition de nombres décimaux, la soustraction… A cela, nous pouvons ajouter une compréhension aléatoire des textes, couplée à des constructions de phrases et emplois de mots plus qu’originaux. Cette non-maîtrise est parfois étonnante ! Je travaillais avec une jeune femme d’une vingtaine d’années autour de l’acquisition de la multiplication. Lors d’un atelier où elle m’explicitait point par point comment elle procédait pour résoudre ce type d'opération, elle me dit : « Mais Monsieur, là je n’ai pas le droit de mettre le 3 en retenue ». Ah bon! Je lui en demandai la raison, elle me répondit : « Eh bien, dans les multiplications, les retenues ne vont pas jusqu’à trois. »  Étonnant, non ? Et inimaginable !
Cette non-maitrise des savoirs de base est parfois corrélée avec des troubles spécifiques des apprentissages (TSA). Certains nous disent qu’ils ont eu des séances d’orthophonie pendant quelques années, ce qui leur a permis d’acquérir des techniques pour compenser. Mais une autre partie en grande difficulté dans les apprentissages n’a jamais rencontré de spécialistes (orthophoniste, neuropsychologue…). Souvent, notre intuition nous dit que ce n’est pas qu’une simple difficulté et que, peut-être, il existe des troubles cognitifs plus importants. Des démarches auprès des professionnels qualifiés peuvent alors être entreprises pour évaluer la présence ou non de TSA.
 
Une fuite de l’acte d’apprendre

     Le refus ou l’évitement de l’acte d’apprendre est une caractéristique fortement observable chez ces jeunes. Même lorsqu’ils souhaitent investir la matière, la confrontation avec le temps de réflexion nécessaire à la réalisation d’une tâche peut se révéler insupportable (Boimare, 2004). Pour bloquer l’acte mental, une partie de ces jeunes va réagir par impulsivité, une autre partie par l’inaction. Ils pourront par exemple, remettre en question l’intérêt d’un exercice en prétextant son absence d’utilité pour leurs projets.

En surchauffe… et vive l’action

      Imaginez-vous en face d’un groupe de jeunes : vous tentez d’enseigner une notion. Et là, à peine commencez-vous une explication qu’ils vous disent que ça leur « prend la tête ». Ils vous demandent d’arrêter et ils commencent à s’agiter, à s’endormir. La disponibilité pour les matières est très réduite. Ils vous demanderont rapidement de les mettre en action afin d’évacuer toute cette énergie négative. 
« L’agitation et l’instabilité, avec leurs conséquences  – déficits de l’attention et de la concentration – viennent sûrement en tête de ce « hit-parade » des dérèglements observés par les enseignants. » (Boimare, 2008, p.15)

Un système d’apprentissage non efficient

    Lorsque vous demandez à ces jeunes d’apprendre une leçon, vous êtes frappés par la non-maîtrise de leur système d’apprentissage. Ils tournent les pages les unes après les autres et quand ils arrivent à la fin de la leçon, ils ferment leur livre,  persuadés de l’avoir apprise et surtout de la connaitre. Ils confondent voir et entendre avec apprendre.

La charge émotionnelle des matières scolaires

   Combien de fois ai-je entendu : « C’est pas la peine M’sieur, j'suis nul en maths », « De toute façon j'aime pas l’école ». Les jeunes en échec scolaire ont développé un affectif plus qu’ambigu avec l’école, la rejetant par moments et demandant, lorsqu’ils s’y mettent, un travail purement scolaire comme la dictée.
 

Un rapport étrange à la mémoire

   Ils ne retiennent quasiment rien ou n’arrivent pas à se souvenir des notions scolaires. Et pourtant, ils sont allés à l’école au moins jusqu'à 16 ans. Ils comprennent sur le moment et oublient tout aussi facilement, comme s’ils n’utilisaient pas leur mémoire pour les matières scolaires, alors qu’ils sont capables de mémorisation dans bien d’autres domaines.
 
En résumé, sur le plan cognitif, nous faisons les constats suivants :


  • une non-maîtrise des savoirs de base,
  • une fuite de l’acte d’apprendre et une mise en action demandée,
  • un système d’apprentissage perfectible,
  • une charge affective des matières scolaires,
  • une mémoire capricieuse.

Pour en découvrir davantage sur ce livre, un p'tit tour par (ici). J'espère que ces trois articles vous donneront l'envie d'en savoir davantage sur ce livre.
N'hésitez pas à me poser des questions dans les commentaires !



Cédric MATTESCO

Psychopédagogue, je me suis spécialisé au cours de ma carrière dans l’accompagnement des publics en difficulté d’apprentissages et en échec scolaire. Un parcours atypique : Bac + 5 en sciences (Géologie - Environnement), j'ai débuté dans le monde de l'éducation par un poste d'assistant d'éducation. Je dirige, 15 ans après, un Centre Médico-Psycho-Pédagogique et un Service d’Accompagnement à l’Insertion. 

Depuis mon enfance, je me suis toujours posé certaines questions  : pourquoi certains apprennent, pourquoi d'autres pas ? J'ai encore des souvenirs très précis de situations, comme par exemple en 3e lors, d'une épreuve de brevet blanc, pourquoi ne sommes-nous que deux à avoir eu la moyenne? Pourquoi les copains ont-ils autant de mal à faire leurs devoirs ? Et depuis, ces questions me taraudent toujours...

C'est en 2014, que je commence à partager ma passion pour la pédagogie grâce au blog des remédiations.
 
J'ai également développé un jeu d'apprentissage et de mémorisation de la signalisation routière, Qui roule qui ? : un jeu pour les familles, les écoles et les établissements spécialisés.


samedi 1 septembre 2018

Les jeunes en échec scolaire - Qui sont-ils ? (2/3)

Comment procède-t-on pour que les jeunes en échec scolaire entrent dans les apprentissages ?

Dans un précédent article, (ici) nous avions commencé à répondre à cette question  en les observant au niveau personnel. Aujourd'hui, nous allons évoquer la partie sociale.

Extrait du livre : 







L’appauvrissement du langage argumenté


Le langage argumenté n’est pas une chose aisée pour les jeunes qui sont dans des dispositifs d’insertion. Plus largement, on constate que les jeunes qui décrochent du système scolaire éprouvent de grandes difficultés dans l’argumentation. La plupart d’entre eux se contente régulièrement d’interjections (« Eh toi là! »). Boimare (2008, p.16) nous dit pour « ces enfants empêchés de penser » qu’ils sont «  incapables de raconter, d’expliquer, et surtout d’argumenter, ils ne communiquent que dans la connivence et la proximité ». Le déficit du langage argumenté a une importance dans la socialisation. Si vous n’arrivez pas à exprimer votre pensée, vos idées, défendre votre point de vue devient impossible. Cette difficulté d’expression va avoir des incidences sur leurs comportements, leurs attitudes. Le mode de communication privilégié sera lié au corps (épaules tombantes, torse bombé...) et au regard (fuyant, de défi…). Cette communication pauvre en mots, ce style lapidaire, ne seront compris que par les proches. Le cercle social sera donc, dans la majorité des cas, réduit voire inexistant.


« Mais jamais comme ce jour-là je n’ai ressenti un tel sentiment d’impuissance, jamais ne m’est apparu avec autant d’évidence l’enchainement fatal entre insécurité linguistique et passage à l’acte violent. Ce jeune tentait désespérément de donner une explication – vraisemblablement mensongère, d’ailleurs – selon laquelle il n’avait pas volé les CD ; il venait, prétendait-il, les échanger parce qu’il les avait déjà. Mais lui manquaient les mots pour se faire comprendre, mais lui faisaient défaut les structures pour convaincre. » (Bentolila, 2008, p.126)


L’acceptation et la compréhension du point de vue de l’autre



La vie sociale de ces jeunes est souvent réduite à leur cercle proche d’amis ou de famille. Ce cercle est souvent en accord avec leurs opinions, leurs valeurs. Lors de débats avec un cercle de personnes élargi, nous nous apercevons qu’ils ont du mal à accepter un point de vue différent du leur. La compréhension sans dénégation est encore moins présente. Sans règle de parole, les échanges deviennent vite houleux ! Lors de séances de débats, d’échanges, nous avons dû instaurer des règles pour qu’ils puissent s’écouter et notamment attendre leur tour avant de parler, le président de la séance étant celui qui donne le droit de parole. Lorsque ces règles étaient enfreintes, ils devaient sortir de la pièce pendant cinq minutes. Pour certains, il a fallu quelques séances avant qu’ils ne passent plus de temps dans la salle qu’à l’extérieur.


La prise de conscience et la reconnaissance des émotions de l’autre


De même qu’ils éprouvent des difficultés dans la compréhension des idées de leurs pairs, il leur est malaisé de prendre conscience et de reconnaitre leurs ressentis émotionnels, d’autant plus qu’ils ont déjà du mal à identifier leurs propres émotions. Ces constats sont en lien avec l’empathie. Nous savons que l’empathie se construit et se renforce au quotidien. Cette composante du développement de la personne a-t-elle été suffisamment sollicitée durant l’enfance ?


Une difficulté à se décentrer



La difficulté à exprimer ses pensées et ses émotions, ainsi qu’à prendre en compte ou comprendre les idées et émotions de l’autre, va favoriser un langage interne. J’entends par là qu’une préoccupation de soi va prendre le pas sur toutes les actions de liens sociaux. Cette centration sur soi a une incidence sur le développement de la personne par une grande propension à la rumination. J’ai régulièrement entendu de la part des jeunes dans des ateliers de remédiation : « Souvent, j’ai des petites choses qui reviennent régulièrement dans ma tête. J’ai beau me dire qu’il faut que je me concentre, elles reviennent tout le temps » (verbatim d’une jeune accompagnée). De plus, comme le souligne Chevallier-Gaté (2014, p 8), « l’apprentissage suppose également la rencontre avec le monde de l’autre, à la fois l’enseignant, mais aussi le groupe de pairs, les mots d’un autre qu’on découvre dans les livres, le point de vue de l’autre. Cela demande à l’apprenant à la fois de se décentrer de son point de vue pour pouvoir entendre celui de l’autre, sans pour autant oublier son propre point de vue […] ».


En résumé, sur le plan social, nous faisons les constats suivants :

  • une pauvreté du langage,
  • un manque de reconnaissance et de compréhension de l’autre,
  • un centrage excessif sur soi.

Le prochain article sera consacré aux constats sur le plan cognitif des jeunes en échec scolaire

Pour tout savoir sur le livre, cliquez ici.

Pour acheter le livre, c'est par ici.

Cédric MATTESCO

Psychopédagogue, je me suis spécialisé au cours de ma carrière dans l’accompagnement des publics en difficulté d’apprentissages et en échec scolaire. Un parcours atypique : Bac + 5 en sciences (Géologie - Environnement), j'ai débuté dans le monde de l'éducation par un poste d'assistant d'éducation. Je dirige, 15 ans après, un Centre Médico-Psycho-Pédagogique et un Service d’Accompagnement à l’Insertion. 

Depuis mon enfance, je me suis toujours posé certaines questions  : pourquoi certains apprennent, pourquoi d'autres pas ? J'ai encore des souvenirs très précis de situations, comme par exemple en 3e lors, d'une épreuve de brevet blanc, pourquoi ne sommes-nous que deux à avoir eu la moyenne? Pourquoi les copains ont-ils autant de mal à faire leurs devoirs ? Et depuis, ces questions me taraudent toujours...

C'est en 2014, que je commence à partager ma passion pour la pédagogie grâce au blog des remédiations.
 
J'ai également développé un jeu d'apprentissage et de mémorisation de la signalisation routière, Qui roule qui ? : un jeu pour les familles, les écoles et les établissements spécialisés.





samedi 4 août 2018

Les jeunes en échec scolaire - Qui sont-ils ? (1/3)


Pour les comprendre, observons- les d'abord ?



Je vous présente Rose, une jeune majeure fort sympathique, très vive d’esprit, avec un parcours plus que mouvementé. Avant que je ne la rencontre, elle a passé quelque temps sans rien faire. Elle commençait des formations sans jamais les finir. Souvent exclue pour des problèmes de comportement. Un parcours en ULIS et en SEGPA.  À cela s’ajoutent quelques mesures éducatives durant son enfance. Au cours d’un entretien, elle me dit qu’elle n’a pas de mémoire « à l’école». Je lui demande si elle aime la musique, le sport, si elle aime chanter. Elle me répond qu’elle aime chanter. Bien sûr, je lui demande de me chanter une chanson, qu’elle fredonne, gênée. Étonnant pour une jeune qui se décrit comme n’ayant pas de mémoire et qui est incapable de rapporter le sens d’un texte court. 

Comment procède-t-on pour que cette jeune fille intelligente et, comme elle, tous ces jeunes intelligents en échec scolaire entrent dans les apprentissages ? 

Pour répondre à cette question, observons-les d’abord. Observons-les au niveau personnel : qui sont-ils ? Au niveau social, quelles sont leurs relations avec les autres ? Enfin au niveau cognitif, qu’est-ce qui se passe dans la boîte noire ? 

Prenons donc un peu de hauteur afin d’avoir une vue plus large, qui porte au-delà des simples notions scolaire . 


 Aujourd'hui, un extrait du livre  : Au niveau personnel

Une motivation difficile à identifier

Lorsque nous travaillons auprès de ces jeunes avec des difficultés d’apprentissages voire en échec scolaire, nous leur demandons régulièrement quelles sont leurs motivations. Rapidement, ils nous répondent qu’ils veulent trouver un emploi, une formation. Leur principale motivation est donc l’entrée dans le monde du travail. La majorité d’entre eux est passée par différents dispositifs d’aides où l’on a donné sens à leurs apprentissages, en faisant par exemple des rapprochements entre connaissances et métiers ou entrées en formations… Si leur motivation à apprendre repose sur l’utilité des connaissances, comment se fait-il qu’avec de telles méthodes, ils ne soient toujours pas insérés professionnellement ? Ils se disent motivés pour trouver un emploi ou une formation professionnelle mais ne le montrent pas forcément. Le peuvent-ils ? Y croient-ils ?

L'image donnée et l'image perçue

Lors d’ateliers ou d’entretiens que nous mettons en place, ces jeunes nous communiquent l’image qu’ils ont de leur personne. Ils sont souvent surpris quand, à notre tour, nous les informons de l’image qu’ils nous renvoient. Certains vont parfois en jouer mais souvent ils n’ont pas conscience de leur façon d’être, de leurs attitudes et de la manière dont celles-ci sont interprétées par les autres. La situation suivante illustre bien l’écart qui peut exister entre l’image qu’ils donnent à voir et celle qu’ils ont d’eux-mêmes. En début de formation, je demande aux nouveaux arrivants de se présenter à l’aide d’images et de dessins. Un jour, un jeune homme a dessiné une cité en feu, des guetteurs, des liasses de billets, a fait l’apologie de Mesrine. Avec ma collègue, nous l’avons laissé terminer son œuvre en nous demandant si c’était judicieux. Nous nous sommes dit : « Le groupe régulera ! » Les différents retours ont été à la mesure du dessin, les jeunes lui ont renvoyé une image de voyou. Lui ne comprenant pas pourquoi, je lui demande si je peux montrer son dessin à l’ensemble du groupe, il me dit, « ok ». Alors, je pointe la cité en feu, rappelle que Mesrine était une personne recherchée par toutes les polices de France pour ses activités criminelles et qu’ainsi l’ensemble de tous ces éléments pouvait laisser penser qu’il voulait être un voyou. A la fin de l’atelier, il se rapprocha de nous en nous disant qu’il n’avait pas « assuré ». 

Les émotions et leur régulation

Le caractère émotionnel d’un contexte ou d’une situation est souvent difficile à maîtriser pour ces jeunes qui ont régulièrement du mal à gérer leurs émotions. Parfois, ils se sentent coupables d’être heureux, leur tristesse se prolonge en acte de dévalorisation. La colère les envahit et explose dès qu’ils rencontrent une contrariété. La peur les submerge dès qu’il y a une nouveauté mais l’étonnement, la surprise aussi, quand on leur montre qu’ils savent faire de nombreuses choses. Parfois, ils se présentent devant nous dans un état léthargique, apathique. Enfin, le dégoût arrive avec démesure quand un autre jeune est différent d’eux.

Les émotions et leur compréhension

La difficulté de régulation des émotions peut être mise en lien avec le déficit de compréhension de celles-ci. En effet, nous sommes régulièrement frappés par la difficulté de ces jeunes à comprendre leurs états émotionnels. C’est comme s’ils étaient spectateurs de leurs ressentis et des comportements qui en découlent, sans les comprendre. Des doutes et un refus d’introspection sont souvent constatés lorsqu'on leur demande de nous expliquer leurs attitudes débordantes ou de repli. Souvent, ils culpabilisent d’avoir de tels ressentis et de telles attitudes.

Les douleurs organiques

Lorsque nous avons la chance de travailler avec du personnel soignant, nous constatons avec surprise que plus de 80% des consultations à l’infirmerie sont liées à des troubles psychosomatiques allant du mal de tête au mal de ventre. Les douleurs abdominales remportent la palme.
 En résumé, sur le plan personnel, nous faisons les constats suivants :

- une motivation difficile à percevoir,

- une discordance entre l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes et celle - perçue par les autres,

- une défaillance dans la régulation et la compréhension des émotions,

- des troubles somatiques réguliers.

 
Le prochain article sera consacré au rapport social des jeunes en échec scolaire

Pour tout savoir, le livre est disponible sur Amazon : ici ou en cliquant sur la couverture du livre.
L'échec scolaire des adolescents et des jeunes adultes : comprendre et intervenir.

https://www.amazon.fr/L%C3%89CHEC-SCOLAIRE-ADOLESCENTS-JEUNES-ADULTES/dp/1980797404/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1533373202&sr=8-1&keywords=echec+scolaire+mattesco



 Retrouvez le livre ⏩ http://amzn.eu/7ZE7Y5d

 
Pour tout savoir sur ce livre : c'est par ici !

 

mercredi 25 juillet 2018

Contre l'échec scolaire - L'appui pédagogique à l'enfant en difficulté d'apprentissage (Pierre Vianin)

https://books.google.fr/books?id=LQ0ZDgAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false 




Pierre Vianin est diplômé de l'Institut de Pédagogie Curative de l'Université de Fribourg (Suisse).






Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont : 






Dans le livre que je vais vous présenter, il nous explique sa démarche d'appui auprès des enfants en difficulté d'apprentissage. Si je prends de grands raccourcis, ce livre est l'une de premières pierres de celui-ci :



 Retrouvez ici un p'tit billet de ce livre


L'ouvrage Contre l'échec scolaire - L'appui pédagogique à l'enfant en difficulté d'apprentissage en est à sa troisième édition chez de boeck (2015).

Il détaille de manière précise comment le "mapi" doit se positionner par rapport à ses collègues, les parents....

Le chapitre 1 présente la démarche :

Il débute ce livre en définissant ce qu'est un "mapi" (p.12) : "toutes les personnes (enseignants réguliers, spécialistes, pédagogues curatifs, psychologues scolaires, parents, etc) qui sont amenées à apporter une aide à un enfant en difficulté d'apprentissage."
Il présente deux champs d'intervention : l'appui global et l'appui spécifique.
L'appui global concerne les demandes d'aide relationnelle, les problèmes de comportement, de motivation, de concentration, etc. (ce qui, en France, est souvent du ressort du maître G). L'appui spécifique est quant à lui plus ciblé scolairement. [nota bene 1]


Le chapitre 2 est très intéressant en ce qui concerne les paradoxes, en voici quelques uns :

- Effet Posthumus : distribution gaussienne des notes, "quel que soit le niveau des élèves, il y aura toujours un ou deux élèves en échec ! (p.23)

- L'appui spécifico-global : ".. "l'appui global" risque en effet de devenir le refuge doré du mapi, aire haut placée dans les airs de la haute ortho-psycho-pédagogie" (p.24) et d'oublier pourquoi un enfant lui a été orienté.

- Et l'objet devint sujet : "Or, l'élève est très rarement demandeur de l'aide qu'on lui propose. Le plus souvent, c'est le titulaire qui signale l'enfant à l'enseignant spécialisé" (p.33)

- Exclure pour intégrer : "Voilà donc une mesure qui s'auto-proclame "intégrée" et qui, dans les faits, tend à favoriser la marginalisation de l'enfant en difficulté" (p.33)

Ce que l'on remarque dans les ouvrages de Pierre Vianin c'est qu'il axe son travail pour que l'apprenant puisse être élève avant tout. Il pointe l'importance de connaître les programmes car l'objectif du mapi est de l'aider dans son métier d'élève.  C'est pourquoi, il semble important pour lui de prendre appui sur un contexte scolaire (exercices, cours...). Il est également important pour lui de définir des objectifs précis car "les prises en charge au "long cours" sont rarement profitables"(p.28).

Il nous présente dans le chapitre 3, les modalités d'intervention :

Il les classe en 3 groupes : 

- les mesures institutionnelles : il évoque par exemple le redoublement et son inefficacité (p.45) [nota bene 2] 

- les mesures pédagogiques, dans la classe régulière : assistance directe auprès de l'élève ou indirecte comme conseiller pédagogique auprès de l'enseignant titulaire

- les mesures d'aide individuelle, le mapi !!!. 

Pour lutter contre l'échec scolaire, une intervention exclusive sur un seul niveau est insuffisante (p.38). Lors de cette mesure, l'enseignant doit veiller à ne pas interpréter les réponses des élèves par rapport à son propre prisme (p.61). En prenant appui sur l'entretien d'explicitation de Pierre Vermersch, il rappelle qu'"aucun observateur ne peut observer les processus cognitifs" (p.63). Il observe les traces, les verbalisations.... Il rappelle que l'entretien pédagogique est "un puissant instrument d'évaluation formative et de différenciation" (p.68)

Le chapitre 4 nous présente l'évaluation dans la démarche d'appui. L'évaluation est souvent "programmée" en fin de parcours. Pierre Vianin précise son intérêt en début de parcours, il propose la démarche suivante (p.76):
- évaluation globale,
- évaluation de l'attitude par rapport à la tâche (trop souvent négligée),
- évaluation dans la branche désignée,
- choix entre un appui spécifique et un appui global, 
- interventions,
- évaluation formative d'étape et analyse comparative.

 "Par contre, si ceux-ci négligent cette phase d'évaluation et plongent sans réflexion dans la phase d'intervention, il est probable que l'aide apportée ne correspondra pas à la problématique réelle de l'enfant" (p.83)

Le chapitre 5 est consacré à la démarche de projet pédagogique. "Le besoin de progresser...ne peut se faire en l'absence d'une directionnalité "(p.85)

Toujours avec la même rigueur [nota bene 3], Pierre Vianin détaille les différentes étapes : signalement au mapi, premier entretien, évaluation formative, formulation des objectifs, prise en charge et bilan.


Le chapitre 6 évoque la collaboration dans le travail du MAPI.

"C'est pourquoi le mapi doit être également un professionnel de la relation et de la communication" (p.99). Il doit être en capacité d'effectuer dans un premier temps des concessions et taire son égo ! Son travail sera inutile s'il n'est pas en capacité de créer des relations saines avec les collègues, les parents... La bienveillance et l'écoute seront au rendez-vous notamment avec les élèves accompagnés.

Le mapi n'a pas de recette miracle (parfois une attente du titulaire) et doit être réaliste avec ce qu'il peut apporter à l'élève !!! Il rappelle également que l'école produit l'échec scolaire (p.112) et que le mapi (l'enseignant...) ne doit pas rejeter automatiquement les responsabilités sur les familles [nota bene 4]


L'appui et le beau temps : évaluations de l'appui comme mesure de lutte contre l'échec scolaire (chapitre 7).

Le dernier chapitre (avant le chapitre 8 conclusion et perspectives) est consacré à l'analyse de la démarche d'appui. Il présente des éléments qui tendent à croire que cette aide est utile, il n'évite pas cependant d'y apporter quelques critiques et interrogations (effets d'étiquetage, transfert en classe, collaboration insuffisante...)

"Le mapi n'est donc pas un applicateur crédule des méthodes miracles et des recettes pédagogiques. Sa pratique se ressource dans une réflexion sérieuse sur ses valeurs et ses finalités, ses expériences d'enseignant et ses recherches théoriques". (p.133)
 

Comme à chaque fois, Pierre Vianin propose un ouvrage clair et une méthode rigoureuse. Ce livre aidera les enseignants à prendre du recul par rapport aux situations complexes des enfants en difficultés scolaires et le travail qu'il est possible de réaliser ensemble (enseignant, enseignant spé, titulaire, parents, enfants...). Pour les lecteurs Français, il est possible de faire des ponts avec notre propre système éducatif et nous ne pourrons que déplorer l'évolution actuelle des réseaux d'aide (RASED) ! 


Pour lire quelques pages du livre, cliquez sur l'image de sa couverture. Pour acheter ces différents ouvrages, direction l'éditeur de boeck.

 
nota bene 1 : il faudra parfois prendre appui sur une approche globale afin de permettre aux élèves d'être disponibles pour les apprentissages puis axer ses remédiations vers une démarche concrète "d'élève". En effet, si l'élève n'est pas disponible, il ne pourra pas entrer dans les apprentissages scolaires (Mattesco, 2018), un p'tit article à ce sujet ici

nota bene 2 : le redoublement est souvent à la une de l'actualité en France, il y a peu de temps, il fallait une saisine à la MDPH pour un redoublement en grande section par exemple. Le nouveau ministre de l'EN l'a rétabli....

nota bene 3 : comme le Projet Personnel Individualisé présenté dans un autre ouvrage, ici 

nota bene 4: j'ai rédigé un p'tit billet sur l'échec scolaire ici.

Bibliographie :
  • Mattesco C. (2018). L'échec scolaire des adolescents et des jeunes adultes : comprendre et intervenir -  Quand les émotions influencent la motivation à apprendre. Nevers :C.MATTESCO. 
  • Vianin P. (2015). Contre l'échec scolaire - L'appui pédagogique à l'enfant en difficulté d'apprentissage. Bruxelles : De Boeck.
  • Vianin P. (2009). L’aide stratégique aux élèves en difficulté scolaire – Comment donner à élève les clés de sa réussite? Bruxelles : De Boeck. 
Sitographie :
  • http://www.education.gouv.fr/cid24444/les-reseaux-d-aides-specialisees-aux-eleves-en-difficulte-rased.html





dimanche 13 mai 2018

L'échec scolaire des adolescents et des jeunes adultes : comprendre et intervenir

Depuis 2014, je partage sur ce blog des informations psychopédagogiques. Aujourd'hui, c'est un article un peu spécial car je vous présente le livre que j'ai écrit (ici)

L'échec scolaire des adolescents et des jeunes adultes : comprendre et intervenir
Quand les émotions influencent la motivation à apprendre





Avant de vous présenter l'ouvrage, quelques mots sur mon parcours:

Depuis mon enfance, je me suis toujours posé certaines questions  : pourquoi certains apprennent, pourquoi d'autres pas ? J'ai encore des souvenirs très précis de situations, comme par exemple en 3e lors, d'une épreuve de brevet blanc, pourquoi ne sommes-nous que deux à avoir eu la moyenne? Pourquoi les copains ont-ils autant de mal à faire leurs devoirs ? 

A la fin de mes études de sciences (DEA Géosystème Évolution Environnement), ces questions étant toujours présentes à mon esprit et ne sachant trop que faire de mon Bac+5 dans le monde professionnel, je me suis mis à la recherche d'un poste dans le monde de l'éducation. C'est ainsi que j'ai décroché, il y a une quinzaine d'années, un poste de surveillant puis de formateur en sciences. Quelques années plus tard, j'ai intégré un Établissement d'Insertion en tant que formateur puis coordinateur pédagogique. Aujourd’hui, je dirige un Centre Médico-Pyscho-Pédagogique et un Service d'Accompagnement à l'Insertion. 

Parallèlement à mon travail, je mène d'autres activités que voici:

- le blog "les clés de la logique" (https://lesclesdelalogique.blogspot.fr/): de nombreux jeunes en échec scolaire ont le souhait de s’insérer dans le monde du travail par le biais de la formation. L’accès à ces dispositifs nécessite de se frotter aux tests psychotechniques. Différentes modalités sont envisageables pour s’y préparer de manière concrète, de l’apprentissage des opérations intellectuelles (ce qui se rapproche de l’éducabilité cognitive) à l’explication et à la préparation de ces fameux tests. Le blog propose différents exercices.

- le jeu "Qui roule qui ?" (https://sites.google.com/site/quiroulequi/home): je teste actuellement ce jeu, qui favorise l'apprentissage et la mise en mémoire de la signalisation routière, auprès de différents publics (enfant, adolescent, personne en situation de handicap intellectuel...).

Pourquoi ce livre ?

Tout au long de ma carrière, j'ai observé ces jeunes en échec scolaire. Je me suis formé à différentes méthodes, techniques, lu de nombreux ouvrages pour les comprendre et les accompagner, créé des situations d'apprentissage... 
Que faire avec tous ces éléments ? Comment faire des liens dans ma pratique pédagogique  et pouvoir intervenir auprès d'eux de manière plus efficace?

Pour cela, j'avais besoin de formaliser ma pratique : écrire un livre qui vient du terrain, étayé par quelques notions théoriques.


Vaste chantier! Cela m'a pris quelques années, de longues soirées et de nombreux dimanches matins... Après des retours (négatif, mitigé et positif) d'éditeurs, j'ai choisi l'auto-édition. Pourquoi me direz-vous ? D'un côté, les échanges avec deux éditeurs ont permis de rendre le livre plus complet. D'un autre côté, j'ai ressenti le besoin (après ces années d'écriture et d'échanges avec des enseignants) de le partager simplement et rapidement. Les nouvelles technologies et de nouveaux opérateurs comme Amazon permettant cela, le temps était venu de le diffuser ! 

Entrons dans le vif du sujet !

Cet ouvrage s’adresse aux professionnels de l’éducation (formateurs, enseignants, responsables pédagogiques…). Il est le fruit de ma réflexion et mon expérience auprès d’apprenants âgés le plus souvent de 16 à 25 ans en échec scolaire. La théorie et la pratique de terrain sont intimement liées tout au long de l’ouvrage, afin de comprendre cette situation et agir auprès d’eux.

À partir de constats, la première partie du livre est consacrée à la compréhension de l’échec scolaire. J'y évoque comment une situation d’illettrisme émotionnel impacte la motivation à apprendre. À partir de cette hypothèse, je propose un modèle de compréhension adapté au monde pédagogique : le Modèle d’Approche Globale de la Personne pour les Apprentissages et ses trente-trois clés d’observation.

La seconde partie est consacrée aux pistes d’intervention auprès de ces jeunes. Elle débute par la définition de trois remédiations : de soutien, de méthode et de la disponibilité. Elle se poursuit par l’explicitation de postures et de pratiques facilitant la disponibilité et les apprentissages : le Guide d’Animation Psychopédagogique et les ateliers Comportements-Cognition-Clés : les 3C.

Le sommaire :


1re PARTIE L’élève, l’apprenant, une personne

Chapitre 1 Qui sont-ils ?

Chapitre 2 Comprendre l’échec scolaire des adolescents et des jeunes adultes

Chapitre 3 Un référentiel d’observation pour comprendre l’échec scolaire des adolescents et des jeunes adultes



2e PARTIE Comment intervenir auprès d’eux ?

Chapitre 4 Les remédiations à notre disposition pour situer notre action

Chapitre 5 Un guide d’animation psychopédagogique

Chapitre 6 Des ateliers psychopédagogiques




D'un point de vue concret, vous trouverez 15 fiches prêtes à être utilisées en classe :

Atelier 1 : Qu’est-ce qui m’empêche d’apprendre ? 
Atelier 2 : Quelle est l’image que je renvoie ? 
Atelier 3.1 : Qu’est-ce que je suis « venu » faire ici ? 
Atelier 3.2 : Qu’est-ce que je suis « venu » faire ici ? 
Atelier 4.1 : Émotion ? 
Atelier 4.2 : Les 7 émotions 
Atelier 5.1 : Qu’est-ce qu’ « apprendre » signifie pour moi ? 
Atelier 5.2 : Qu’est-ce qu’ « apprendre » signifie pour moi ? 
Atelier 6 : L’intention 
Atelier 7 : L’attention 
Atelier 8 : L’évocation 
Atelier 9 : La mémorisation 
Atelier 10 : Lien avec le contexte scolaire 
Atelier 11.1 : Qu’est-ce que « la motivation » signifie pour moi ? 
Atelier 11.2 : Qu’est-ce que « la motivation » signifie pour moi ?

 


Des éléments théoriques sont également présents tout au long de l'ouvrage et pour ceux qui souhaitent obtenir davantage de détails, vous trouverez  "11 fenêtres théoriques" : 

-les mémoires à court terme et long terme, 
-la motivation,
-le PPI de Pierre Vianin, 
-l’hologramme d’Anne Vinérier ,,
-les ARL ®,
-la gestion mentale, 
-la médiation culturelle,
-les fonctions de tutorat de Bruner,
-R.Feuerstein, 
-l’entretien d’explicitation de Pierre Vermersch,
-la pédagogie différenciée.


J'espère que ces quelques mots vous donneront l'envie de le lire ou de l'offrir à quelqu'un que cela pourrait intéresser. Dans le livre, vous trouverez mon courriel, j'attends avec impatience vos retours !
Bonne lecture et à bientôt.

Pour acheter le livre ou lire quelques pages, c'est par ici.

Une p'tite contrainte de l'auto-édition, on doit faire soi-même sa promotion. Alors, n'hésitez pas à partager l'article ça serait super ! Merci.



Cédric M

Mattesco C. (2018). L'échec scolaire des adolescents et des jeunes adultes : comprendre et intervenir -  Quand les émotions influencent la motivation à apprendre. Nevers :C.MATTESCO.
Nbre de pages : 174
ISBN : 978-1980797401